Avr 252017
 

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J’ai longtemps porté des costumes… avec cravate. Puis sans.  Et j’en porte toujours de temps à autre pour le boulot. Le premier a des relents d’armée. Le second a terminé à la poubelle après un grand moment de solitude. Et le troisième ?

 

Je vous situe la scène, un beau lundi d’avril. Il n’est pas encore 9 heures quand je sonne à la porte d’un pote qui bosse dans le monde la justice. La veille, j’avais oublié mes lunettes de vue sur sa table de cuisine. Lui, en plein déménagement, avait laissé les clefs de sa camionnette de location dans ma caisse après un tour à la déchetterie du coin ouvert en ce dimanche très ensoleillé appelant d’avantage à l’oisiveté et la grosse sieste de koala.

 

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Donc, comme dirait l’autre, me voilà chez ce copain. Il vient de préparer un café avec sa cafetière italienne rouge. Pas un café de mémée insipide. Un truc qui arrache les neurones de leur léthargie.

 

Et là, entre le bout de croissant rassis de la veille qu’il avale, et un bisou baveux de son adorable gamine qui part à la crèche, je lui demande :

« Tu mets des costumes ? »

Lui : « Oui », tout en ajustant sur lui une très belle veste qui lui tombe pile poil sur les poignets. A croire que c’est du sur-mesure.

«  En fait », me dit-il, «  Je porte le costume complet assez rarement, donc peu souvent le pantalon… ».

Et il a raison. Car du haut de ses pas encore 40 piges, plutôt beau gosse le mec, il n’a pas besoin de se rendre austère avec des costumes certes bien coupés, mais peut être un peu tristounets.

 

Ça, c’est pour planter le décor.

Dire que l’article qui suit qui m’a été demandé par la directrice de cette publication en ligne avec un bisou à la Snoopy à la commissure des lèvres, va concerner les deux pièces…

« Avec cravate ?  » Lui avais-je demandé un peu plus tôt dans le week end en allant à la fameuse déchetterie ? (Oui, je sais, on a de curieuses discussions lors de nos déplacements).

Elle, c’est Miss Minda, et j’adore quand elle a cette expression qui lui sort des lèvres, genre  rien-à-foutre-tu-fais-bien-ce-que-tu-veux, de me dire : « Gnéééééééé ? ».

En langage blogueuse, ça veut dire : «Fais ce que tu veux ? Je m’en tape comme de mon premier soutif ».

 

« Je dois être au-dessus de madrid quand soudain… »

 

Me voilà donc à devoir écrire, pour la première fois de ma vie, un article sur les  costume homme.

Pour tout vous dire, j’en ai bien une dizaine dans mon dressing. Mais ils prennent la poussière. Je ne les porte plus depuis quatre ans. Sauf un que je mets de temps en temps. Un costard gris anthracite ultra classique qui va avec tout  et que je porte avec une paire de chaussures de ville pour homme encore plus classiques. Avec ; une chemise blanche. Ou pas. Moi, j’aime bien les bleus unis légers. Mais les goûts et les couleurs…

 

Et là, soudain, devant cet écran sur lequel défilent les mots que j’écris pour cet article, je me suis soudainement arrêté de pianoter sur le clavier… qu’est-ce qu’on peut avoir l’air con quand on regarde les mouches à tenter de retrouver un souvenir perdu, en l’occurrence une première fois…

Pas ma première fois avec une nana (c’était juste après le bac !).  Mais la première fois que j’ai acheté un costume. Le blanc. Le trou de mémoire. Genre : mais mince, c’était où et quand… Grand vide sidéral ; ça doit être lié à ce mardi, premier jour des congés, aux bruits des réacteurs du zing et aux hôtesses de Ryanair sur leurs chaussures à talons ni trop hauts ni trop plats ( « bâtards » dirait-elle) qui veulent nous vendre des tickets à gratter de loterie pour des associations  humanitaires …

J’vous situe juste la scène : je dois être au-dessus de Madrid, là. Ou pas loin.

Donc, je regarde les mouches imaginaires voler dans ce Boeing qui me conduit de l’autre côté de la Méditerranée, quand soudain je me suis souvenu.

Mon premier costume c’était un Terre de France de l’armée.

Je l’ai toujours. Il doit être bouffé par les mites et doit sentir le renfermé depuis  cette date. Il était réservé aux officiers.

 

 

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Mon uniforme de l’armée, comme au premier jour

Un poireau 3 étoiles qui m’avait à la bonne

 

Retour en arrière : on est en juin 1991.

(ndlr : on n’essaie pas de calculer l’âge du Dino)

Je termine mon service militaire en Allemagne comme journaliste des armées. Une année plutôt sympa où j’ai rencontré des hommes vraiment hors normes comme le général de la 5e division blindée à Landau à la frontière française, pas très loin de Strasbourg.

Je n’ai jamais su pourquoi, mais ce poireau aux trois étoiles (il était général de division) m’avait à la bonne. Lui, ce quinquagénaire à la tête (grisonnante mais encore vert : d’où le terme « poireau ») (ndlr : allusion grivoise ? ) bien faite était originaire du Saumurois. Moi, de la grande ville d’à côté Angers. C’est peut-être ce lien géographique qui m’avait permis d’être dans ses bonnes grâces et surtout me faciliter mon travail : j’avais carte blanche pour écrire sur les militaires en Allemagne.

Beaucoup m’appelaient alors le « porte-serviette » du général. Mais je m’en balançais comme de ma première paire de chaussettes (j’ai pas de soutif moi !) (ndlr : AHAHA). Et j’ai bien profité de cette liberté d’écriture même si cela avait tendance parfois à provoquer quelques railleries d’officiers pas toujours contents de la façon que j’avais de les portraitiser.

 

 

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Ça remue plein de souvenirs

Neuf mois plus tôt, au lendemain de la réunification des deux Allemagnes, c’est dans cette tenue si particulière, uniforme Terre de France, cravate noire et chemise blanche que je m’étais présenté à lui. Beau comme un sou neuf, aurait dit ma grand-mère. Je me souviens comme si c’était hier de cette première journée dans mon unité d’affectation. Je devais me présenter au général à 14 heures, après le déjeuner au mess avec mes coreligionnaires. Mon premier déjeuner en Allemagne. Là, il y avait une bande de mecs (ingénieurs, médecins, centraliens, X) qui blaguaient sans cesse,  mais comme moi, perdus dans cette Allemagne qu’on n’avait pas choisie (on était quasiment tous des culots de bouteille au classement à la sortie de l’école des officiers). Et il y avait aussi celui qui est resté depuis toutes ces années, MON pote de l’armée que je revois de temps à autre avec un plaisir monumental : Jean-Baptiste Marvaud. Il va avoir son importance dans quelques secondes.

 

Donc je suis à la table du mess. Comme aspirant, on a droit aux serveurs pour nous présenter les entrées, plats, fromages, salade et dessert. Ça change des classes ! Arrive donc le fromage… Imaginez la scène : moi, dans ma tenue Terre de France, nickel de la tête au pied, rasé de près, et prêt à aller saluer le général quelques minutes plus tard. Je me sers un bout de brie ou un truc du genre… Et un peu de salade. Je pique une feuille avec ma fourchette. Et là, patatras ! Au lieu de trouver ma bouche, la dite feuille de laitue, bien huilée comme il faut, dégringole sur la cravate en deux endroits. Là exactement où il faut pour que tout le monde pense que je bouffe comme un cochon de dix jours.

 

Ce midi-là, j’ai compris que les six ou huit aspis qui étaient présents n’étaient pas que des abrutis. Je me suis fait chambrer. Normal. Mais très vite tous ont compris que cette maladresse pouvait provoquer un sérieux haussement critique des épaules du général ! Et c’est là qu’intervient le  « lieutenant » Marvaud. Fumeur, habitué aux terrains de manœuvre, il avait toujours sur lui un briquet Zippo, et une réserve d’essence… Combustible providentiel puisqu’il avait permis d’effacer la tache huileuse bien disgracieuse… et faciliter une présentation au général moins tendue du string. (ndlr : tiens pas de « moi j’ai pas de string »)

 

C’est ce même général, qui en juin 1991, à quelques jours de la quille, mais en pleine première guerre du Golfe, m’avait proposé de prolonger mon service et de partir dans le désert koweitien suivre la dite guerre pour le service de presse des armées. J’avais failli dire oui. Mais au même moment, le journal qui m’emploie toujours, m’avait proposé un CDD pour l’été. J’ai donc dit non au général, qui peu rancunier, m’avait invité à revenir quelques mois plus tard au bal de la garnison réservé aux militaires de carrière.

« Mais », m’avait-il dit à l’époque : « Il faudra porter un smoking. C’est la règle ». Reçu Mon Général. Repos, je peux fumer !

 

Une autre histoire de cosutme : le smoking à 1500 francs (un bras en 1991)

 

Donc me voilà en civil, à la fin de l’été 1991 en quête d’un smoking. A l’époque, mes parents me filaient un peu de blé pour acheter mes fringues chez le père d’un copain de lycée. Le commerçant de la rue de la Roë que j’aimais bien, me faisait toujours une petite ristourne. Et c’est donc lui qui me proposa mon premier vrai costume de gala avec lequel j’ai assisté au bal… Puis quelques années plus tard, en 1996 j’crois bien, au mariage d’une copine qui avait enfin trouvé son amoureux. C’était près de Mayenne dans le département éponyme. Je me revois à la porte de l’église, regarder cette copine au bras de son père allant vers celui à qui elle allait dire «oui »… Je n’ai jamais entendu le « oui ». Parfois, on ne sait pas pourquoi, on se dit : « Je n’ai rien à faire ici » et on se fait la malle à l’anglaise… Je m’étais donc discrètement éclipsé avec mon costard à 1500 F de l’époque.

 

En rejoignant ma vieille Citroën Visa, je me revois croiser des piétons me regardant curieusement. Me disais alors : « Doivent me prendre pour un pingouin sorti d’un bal masqué ».

Je ne croyais pas si bien dire : en rentrant chez mes parents, j’ai compris en me reluquant dans le miroir que ce smoking était archi démodé et que je ressemblais plus à  un blaireau sorti d’une boîte des années disco de la fin des années 70 qu’à la dernière gravure de mode de l’époque. Et oui, que voulez-vous on n’avait pas internet pour lire le meilleur guide du costume.

J’ai retiré vite fait le costard. Il a terminé à la poubelle.

Et j’ai tourné une page de ma vie…

…….

Et le troisième costard me direz-vous ? Hé bien pour tout vous dire, je ne m’en souviens pas du tout… Probablement pour suivre les audiences correctionnelles et assises auxquelles j’étais dédié à partir de février 1995. Mais vous dire de quelle couleur il était… ché plus…

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